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Les frissons d’un premier rendez-vous

Molière a écrit « les commencements ont des charmes inexprimables.» Dans chaque commencement, il y a le premier rendez-vous, et dans chaque premier rendez-vous, il y a l’excitation de la nouveauté et l’espoir.Qui se cache derrière cet autre que je rencontre ce soir ? Est-il un miroir de moi-même, ou l’exact opposé qui me fera découvrir un nouveau moi ? Quelle que soit la question, pourvu qu’en moi jaillissent les papillons. Le grand frisson, le sourire scotché au bord des lèvres et l’ivresse qui fait tourner la tête. Ainsi donc, Molière met les commencements sur un piédestal en les caractérisant d’inexprimables. Quant à nous, exprimons-les.

1) Avant 

Il est 19h00, l’heure de choisir cette tenue, l’ultime tenue qui lui fera sortir les yeux des orbites tel un loup face à Betty Boop, et cette culotte aussi peut-être, au fond du tiroir, qui sera retirée par un autre que vous-même cette nuit ou ce soir. Qu’en savez-vous après tout, l’intensité des frissons mène toujours quelque part. Quoiqu’il en soit, avant chaque premier soir, on pressent, on sent, on sait. Visionnaire, Paul Eluard écrivait : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » Pour ainsi dire, les frissons s’installent avant même de les avoir. La rencontre physique ne fait que confirmer ce que l’on pensait déjà savoir.

2) Pendant

Vous voilà désormais en chemin, prêt à vivre l’instant de grâce, le paragraphe qui annonce toute la beauté du roman, LA grande scène finale qu’on devine dès le début, digne d’un film d’amour dont vous êtes à la fois l’acteur et le spectateur. Votre rendez-vous vous attend dans ce bar, rue Charlot, sur la terrasse de l’Hôtel Grand Amour, ou dans ce restaurant dans le 9ème, qui fait des spécialités grecques faciles à grignoter. C’est là. Exactement à cet instant précis que le premier frisson corporel apparaît. Juste à ce moment-là, entre l’échange de regards et le premier mot. Quelques frissons de plaisir commencent à embrasser vos tripes. À l’inverse des autres jours, l’ivresse du vin prend plus vite. Parce que lui. Ou elle. Son regard planté dans le vôtre vous taille un nouveau visage. Son jugement silencieux fait de vous la beauté incarnée. La personne parle, mais c’est l’âme de l’autre qui vient chatouiller la vôtre. L’espoir renaît. La nuit noire sera blanche. Demain, il faudra le revoir. Il faudra absolument le revoir.

3) Après 

Il est 9h00, plutôt 10. Les souvenirs brûlants en guise de réveil, vous n’avez plus la notion du temps. Seule la soirée d’hier tourne en boucle dans votre tête. Ses mains. Sa peau. Son odeur. Son rire. Son regard pendu à vos lèvres. Tout son être. Lui, Elle. Nous ? Vous en voulez encore, vous en hurlez encore. En un claquement de doigts, tous les questionnements absurdes du quotidien sont devenus obsolètes, fades, insignifiants. Payer mon loyer à la fin du mois ? Foutaises ! L’unique agenda du jour devient votre tourment, et s’illustre par une question : Quand vais-je la/le revoir ?

Parce que le grand frisson d’un soir ne suffit pas. C’est tous les jours que vous voulez être vivant. Exigeant, vous ? Messieurs dames, le seul bon sens est de croquer la vie à pleines dents. Et quitte à se prendre un mur, autant l’anticiper le sourire aux lèvres.

Par @ladelicatessedesmots 

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