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Pourquoi je vis avec la peur constante de répondre au téléphone

A l'heure où seulement 2% des 18-39 ans n’ont pas de téléphone portable, je suis atteint de téléphonophobie. Ce mal consiste à ressentir de l'angoisse avant de passer un coup de fil ou de décrocher. Ce qui ne s'avère au quotidien pas facile à vivre. Je vous explique.

Allo maman, bobo

J'ai 28 ans, je travaille dans l'informatique, je suis plutôt bien dans mes Stan Smith (oui, j'en mets encore), mais la sonnerie du téléphone provoque en moins des montées d'adrénaline dignes du visionnage de Saw. Après une recherche sur Internet, il semblerait que je ne sois pas tout seul. Certains articles de Madmoizelle, Studio 404 ou le blog de Matthieu Vidberg tirent la sonnette d’alarme : les générations Y et Z paniquent quand leur téléphone sonne. Tout semble moins stressant que le simple fait de décrocher. On en vient même à abandonner des projets intéressants parce qu’ils impliquent d’échanger par téléphone…et non par mails.

Et à chaque fois dans les commentaires, c’est le même soulagement : tous les internautes se rendent compte qu’ils ne sont pas des cas isolés à vivre cette galère quotidienne. Les messages de lecteurs prennent ainsi des airs de groupes de parole pour êtres socialement défaillants. Au point qu’on parle de « nouveau mal du siècle » et qu'on découvre que « la peur de l’appel » est la pathologie la plus répandue chez les nouvelles générations. S’en suivent des conseils — contradictoires selon le spécialiste qui les donne — pour rester zen quand le smartphone vibre. J'ai essayé. Ça n'a pas marché. Je pense à ce fait divers concernant  ce pauvre homme que son ex a appelé 27000 fois en une semaine (elle a été condamnée) après leur rupture et qui est tombé en dépression. Ça ressemble à mon pire cauchemar.

Coup de flip 

Mais l'inquiétude face au coup de téléphone – devenue rare quand tout le monde ne communique plus que sur snapchat et what's app – n'a t-elle pas toujours existé chez certains inadaptés ? Comme le rappelle Michael Stora, psychologue reconnu : « C’est toujours très compliqué ces phénomènes. D’un côté, on se demande si ça n’a pas été créé, inventé, parce qu’en effet, on va toujours trouver des gens qui ont des problématiques d’inhibition. » Effectivement impossible de mettre la main sur une vraie recherche mettant en avant le flip téléphonique. Certaines études montrent que les jeunes travailleurs angoissent à l’idée de passer un coup de téléphone. Mais est-ce si surprenant que des personnes fraîchement arrivées sur le marché du travail ne soient pas tout à fait à l’aise à l’idée de téléphoner à des clients, des fournisseurs ou des supérieurs hiérarchiques ? Ceci dit, la peur du téléphone existe vraiment et n’a rien de nouveau. Elle possède même un nom : la « téléphonophobie ». En 1993, 2,5 millions de Britanniques en souffraient déjà alors que les smartphones n'étaient pas d'actualité. En fait, il s'agit souvent d’une manifestation parmi d’autres de troubles anxieux ou de phobie sociale. L’anxiété face à la conversation avec une voix réelle se retrouve par exemple fréquemment chez les bipolaires.

Sans faire partie de ces catégories, je n'arrive pas à téléphoner (et pas qu'à ma mère ou à mes petites amies). Je préfère le mail et le SMS. Je sens bien qu'il faudrait que je me fasse tout de même soigner. Je vais chercher s’il existe quelque chose comme Les Alcooliques Anonymes pour les phobiques du coup de fil. Mais j'espère bien qu'il ne faut pas appeler pour prendre rendez-vous.

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