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Connaît-on vraiment nos amants ?

Il arrive qu’une attraction chimique précipite nos corps l’un contre l’autre et qu’un couple naisse de la collision, poussières d’amour qui virevoltent au-dessus du cratère. On ne se connaît pas encore mais on s’aime, récit d’une histoire qui sera ponctuée par nos traits de caractère.

Parfois, la danse est plus longue. On se tourne autour, on se fixe lentement comme deux chats pris dans un ballet magnétique. Le jeu est envoûtant, remplit de tension et un frisson nous pousse malgré nous à continuer. Ce qu’on apprend de l’autre nous donne envie d’en avoir plus : on le grignote par petit bouts à la table du flirt, jusqu’à lécher l’assiette. Et puis on se met ensemble, les fauves se sont apprivoisés.

Pourtant, une petite musique continue quand la danse est terminée : connaissons-nous complètement l’autre ? Est-ce seulement possible, même après plusieurs années de vie commune ?

Nous pouvons raisonner en sens inverse : dans nos longues relations, amoureuses ou amicales, a-t-on déjà conduit l’autre dans tous les recoins de notre âme ? Bien sûr, la visite a commencé par le salon, spacieux et lumineux, la cuisine fonctionnelle, peut-être même, plus tard le cagibi étroit ou l’on range le bazar poussiéreux. Mais a-t-il vu le grenier hanté ? La cave inondée, ou le sol remplit de trous sous le tapis ? Plus rarement.

Qu’il s’agisse d’un abîme vertigineux qui cache une double vie ou d’un puit à fantaisie qui nous ravi et nous surprend, on sait rarement tout de l’autre. La véritable question n’est alors pas tellement savoir si on le connaît vraiment, mais plutôt comment le mystère affectera notre relation.

En effet, notre personnalité est une boule disco qui ne brille pas toujours. On est généralement éblouis par les faces lumineuses, à l’abri de leurs obscures voisines, sales et condamnées à l’ombre. Et parfois, l’autre nous fait tellement tourner la tête qu’on en oublie de faire tourner la sienne, de voir ses autres facettes loin de sa zone de confort, où se terrent l’adversité, l’échec ou la tentation. Ce n’est pas tant le temps passé avec l’autre qui nous permet de mieux le connaître mais plutôt la diversité des expériences que l’on rencontre avec lui.

Faire un voyage ensemble permet cette traversée de l’autre. En faisant le tour du monde on fait tourner nos boules, une facette de nous surgit face à un bus qui tombe en panne au milieu de la jungle indonésienne, un Airbnb qui ne répond pas à notre arrivée alors qu’il est 1h à Los Angeles, une fièvre qui pointe le bout de son nez sous notre chapeau de marche quand on cavale en haut des Alpes. On est sales, grisés ou épuisés et on ne peut plus rien cacher.

Et finalement, quand le mouvement se calme, qu’on revient avec le tournis, enivrés ou fatigués, on est prêts à se poser pour de vrai : peut-être emménager ensemble et repartir pour un tour.

Par Jean Dizian | @lunesnoires

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