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Amour et vérité : signes, sourires et quiproquos

Les signes ! On a tous entendu parler des signes, voire des signaux, à lancer ou à comprendre, sans être jamais complètement certains de leur sens ni de si, effectivement, ils en ont un.

Comment fait-on pour envoyer les bons signaux ? Et comment comprendre ceux qu’on nous envoie ?

Premier ou second degré ? 

On est tous et toutes à la recherche d’un sens auquel s’accrocher quand on tombe amoureux, ou pour parler plus léger, quand on “crush” sur quelqu’un. Ce sens, on le voudrait profond, intense, mais surtout, surtout, évident et certain. On aimerait pouvoir recaler l’équivoque, l’ambigu, le flou, le pas clair. Pourtant, on se retrouve le plus souvent dans des situations tout à l’opposé : nous ne sommes pas certains de plaire autant que l’autre nous plaît, de le ou la séduire autant qu’il ou elle nous séduit. En bref, on doute. On doute en permanence, on tâtonne, on hésite, on demande conseil, on y repense à ce regard lancé à la dérobade, à ce sourire en coin offert l’air de rien. On s’arrête longtemps, parfois bien trop longtemps, sur ce message sémantiquement très clair, mais amoureusement douteux.

Car la question demeure toujours : est-ce que l’acte que je perçois signifie autre chose que ce qu’il exprime au premier degré ? On part en quête de tous les seconds degrés d’interprétations possibles et inimaginables. On ne cesse plus de sédimenter des micro-paroles, des micro-expressions, d’y poursuivre d’incessantes rêveries, d’y ajouter une signification, puis une autre opposée, encore et encore. On se prend la tête, on se prend le chou.

Affaire d’interprétation 

L’affect prenant ici toute sa place, on investit le champ lexical et le champ expressif de l’être aimé de manière irrationnelle. Étant nous-mêmes troublés, nous projetons en l’autre ce même déséquilibre, cette même passion passionnante de l’autre. Dès lors, une phrase lancée peut-être par hasard, une certaine inflexion de la voix, un certain haussement de sourcils, ne peuvent s’arrêter là. On les collectionne, on les range et les assemble pour en fabriquer des traces et des indices permettant de répondre à l’unique et fatidique question : que pense l’autre ?

Ce à quoi on ne peut renoncer, c’est à l’idée qu’il y a autre chose, quelque chose en plus à déchiffrer. On refuse catégoriquement d’arrêter la réalité au niveau des simples faits. En amour, on devient des anti-pragmatiques, des anti-empiriques : les faits signifient autre chose qu’eux-mêmes. Ils ruissellent vers un autre domaine : symbolique, affectif, émotionnel

Vérité et désirs 

Mais, si nous sommes sans cesse en prise avec des interprétations contradictoires, c’est peut-être parce que ce que nous cherchons est en réalité introuvable. En continuant de chercher et d’interpréter, on évite de se confronter à cette inquiétante étrangeté, celle d’une vérité toujours flottante, momentanée, éphémère. Nos désirs se déploient peut-être sur une ligne parallèle à celle de la vérité et alors désirs et vérité seraient deux domaines distincts, sans intersection ni croisement possibles. Peut-être devrions-nous laisser flotter les signes, jouer à les déchiffrer tout en sachant qu’ils se déroberont continuellement à notre prise. Peut-être que tel est le sens du registre amoureux : jouer sans chercher à gagner, jouer sans vouloir savoir à tout prix ce qui se joue.

… Mais, du coup, qu’est-ce que ce message voulait dire ?

J. B. 

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