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Pourquoi tombe-t-on amoureux ? Partie I.

Tomber amoureux : d’un coup d’un seul, souvent, ça nous tombe dessus. C’est ni prévu ni prévisible, simplement ça a lieu. C’est lui ou elle qu’on voit : ou plutôt, on ne voit qu’elle, on ne voit que lui. Comme si sa peau était fluorescente en plein jour, ses yeux phosphorescents et sa présence magnétique. Dès lors, on peut faire semblant, se mentir, tenter de fuir ou s’adonner complètement, peu importe cet effet là ne s’évaporera pas en un clin d’œil. Il ne durera pas toute la vie, mais il s’invitera en nous quelque temps, malgré notre volonté, notre résistance et nos désirs contradictoires.

Le plus étonnant, souvent, c’est que nous ne choisissons pas. Comme une sorte de loterie à la mécanique implacable et secrète, les raisons de notre attraction nous demeurent parfois obscures ou mystérieuses : “Pourquoi il / elle me fait cet effet là ?” Cette perte de contrôle sur nous-même peut être délicieuse ou insupportable, tout dépend du caractère de chacun mais aussi de la personne pour laquelle on craque. Il y a là un mystère complet, notre maîtrise s’enraye et nous ne comprenons plus nos mouvements intérieurs. Justement, ne serait-ce pas là toute la question : les causes de nos sentiments ne nous sont pas transparentes, on ne sait finalement pas pourquoi on tombe amoureux.

Une question de qualités ? 

Dans un texte célèbre des Pensées, Pascal développe l’idée que ce qui nous plaît chez l’être aimé, les causes de notre amour, sont à chercher dans ses qualités : sa beauté, son humour, sa grâce, son intelligence. Et dès lors, affirme Pascal, notre amour est toujours miné par une fragilité structurelle : si ce sont les qualités que nous aimons chez l’autre, alors il suffit que l’autre change, se transforme, pour que notre amour s’effondre. Tout cela pourrait nous laisser à penser que le sentiment amoureux est le plus souvent animé par l’illusion et le fantasme d’aimer l’autre quand ce sont des circonstances ponctuelles qui nous font l'aimer.

Cependant, c’est résoudre un peu vite la question ! Car si, par exemple, c’est la beauté qui nous plaît tant chez untel, on peut facilement faire un contre-exemple avec un principe de réalité simple : nous ne sommes pas tombés amoureux de toutes les belles personnes que nous avons croisées dans notre vie. Par conséquent, ce n’est pas seulement la beauté abstraite qui nous plaît chez l’autre, mais la manière qu’il a d’être beau, la manière qu’il a de voir la vie dans la singularité de son humour, sa façon de se mouvoir, de parler. Et ce sont là des caractéristiques spécifiques, qui ainsi mélangées, composées en l’autre, forment pour nous un être unique et particulièrement aimable.

Atopos mon amour 

Celui ou celle qu’on aime ou qu’on désire nous apparaît justement unique. Nous n’avons jamais rencontré son double ou son jumeau. L’autre dépasse les classifications, les listes rationnelles d’éléments agréables, la synthèse potentielle de ce qu’il est. L’autre est justement hors de toute régulation, il est, comme le désigne Roland Barthes, atopos : “Est atopos l’autre que j’aime et qui me fascine. Je ne puis le classer puisqu’il est précisément l’Unique, l’Image singulière qui est venue répondre à la spécialité de mon désir. C’est la figure de ma vérité ; il ne peut être pris dans aucun stéréotype (qui est la vérité des autres).”* Tomber en amour pour quelqu’un peut alors se comprendre comme la coïncidence parfaite de deux singularités spécifiques : son être répond à notre désir. Cela demeure inexpliqué, irréductible, fascinant et aussi… miraculeux !

Entendez-vous l’écho ?

J.B. 

* Fragments d’un discours amoureux, Roland Barthes, 1977, p. 43.

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