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Mon plan cul est en couple libre

J’ai passé 6 ans avec un mec très bien sous tout rapport. D’ailleurs je suis sans doute en train de passer le reste de ma vie avec lui dans un univers parallèle. Tout allait plutôt bien entre nous. Un des seul problèmes qu’on avait, et que personnellement, j’ai toujours eu, c’est que j’étouffais totalement à l’idée d’être enfermée dans une relation traditionnelle. Devoir jurer fidélité à un seul homme pour le restant de mes jours, je trouvais ça absurde. J’avais 21 ans quand je l’ai rencontré, et j’avais encore envie de découvrir d’autres gens, d’autres corps, d’autres mentalités, d’autres cultures et d’autres façons de faire l’amour.

On s’est séparés une première fois au bout de 3 ans. Quand on s’est remis en couple après quelques mois, je lui ai proposé qu’on essaie d’avoir une relation libre. Mais pour lui, c’était absolument inenvisageable. Comme je l’aimais beaucoup, j’ai accepté de continuer à faire semblant d’être heureuse en couple dit traditionnel. Jusqu’à ce que je craque à nouveau, rencontre un mec terriblement attirant, et le quitte une deuxième fois. Sauf que cette fois il m’a dit : “Il n’y aura pas de troisième fois tu sais” et aussi difficile à entendre que ça pouvait être, je l’ai accepté et nos chemins se sont, vraisemblablement, définitivement séparés. C’était il y a un an et quatre mois.

Depuis, je n’ai pas vraiment cherché activement à me recaser. Étant une personne un peu instable et déprimée, je tente de suivre ce proverbe un peu bête qu’on nous assène à tue-tête et qui dit qu’avant de se mettre en couple, il faut être bien avec soi-même. Si je suivais cette idée à la lettre, je ne connaîtrai probablement plus jamais l’amour.

En tout cas, dans la quête de briser ma solitude sans pour autant nécessairement finir en couple, j’ai rencontré un mec qui sortait du lot à mes yeux. Un mec plutôt intéressant, répondant à mes goûts physiques bien spécifiques, intellectuellement challengeant, et sexuellement en accord avec mes envies. Le truc, c’est qu’il est en couple. Ah.

Oui, mais en couple libre.

Au début, j’étais un peu dégoûtée. Je passe ma vie à rencontrer des mecs célibataires profondément ennuyeux, et voilà que je rencontre un mec à priori compatible avec moi, mais il est pris. Je peux en avoir un peu, mais pas tout le temps, mais pas que pour moi. Bon, tant pis, je ferai avec, après tout je le vois 2 ou 3 fois par semaine, j’ai donc ma dose d’affection réglementaire.

En plus de ça, le fait qu’il soit en couple libre attise ma curiosité. Je ne veux pas vraiment savoir qui est sa copine - je ne suis pas foncièrement jalouse, mais m’intéresser à elle relèverait de la sociopathie. Par contre, j’aimerais savoir comment ça se passe entre eux, et cet article est donc l’occasion d’interroger mon plan cul préféré pour en apprendre davantage sur ce qu'on appelle les relations libres.

Voici donc, l’interview de mon plan cul en couple libre

Quelles sont les raisons pour lesquelles tu es en couple libre ?

Déjà, je n’ai pas envie de considérer que ma copine m’appartient. C’est clairement une illusion. Ni son esprit ni son corps ne m’appartiennent. J’aimerais bien que mon amour se fonde sur autre chose que le corps, puisque les sentiments sont impalpables. Pourquoi s’acharne-t-on à vouloir avoir cette emprise sur le corps ? En plus, c’est une emprise qui est fausse car elle n’empêche pas l’infidélité. Autant être clair, savoir où on est un avec l’autre, au sujet du sexe, mais pas que.
De plus, j’apprécie de ne pas avoir à mentir sur ce que je fais. Dire les choses, ça demande un effort, et les entendre aussi, mais c’est une preuve de confiance qui donne plus de valeur à la relation que la binarité de “il a mis son sexe dans un autre sexe que le mien, alors c’est mort ; à 50 piges, la nana ou le mec n’a jamais failli, que c’est beau”. Non, c’est nul.

Pour toi, un couple traditionnel, ça veut dire que l’autre t’appartient, que tu lui mets des limites et une étiquette “propriété privée” ?

Oui, ça commence par “pas touche à son sexe” et on sait très bien jusqu’où ça mène. Pas touche à son corps, interdiction de danser avec quelqu’un, regarde pas les gens comme ça… Au bout d’un moment, il n’y a plus de limites. Je pense que les gens essaient de se contenir, quand même, mais il arrive que ça déborde.

Est-ce que c’est ton expérience personnelle qui t’a donné cette image assez négative du couple traditionnel ?

Ma vision n’est pas que négative. J’ai pris les côtés positifs aussi. Ça m’a permis, à mon âge, d’avoir encore la chance d’envisager une relation sérieuse sans pour autant m’enfoncer dans les méandres de la possession et de la dévoration de l’autre. La fusion, ce n’est jamais sain.

Pourquoi la majorité des gens sont dans des couples “normaux” ?

Les gens beaux, riches, intéressants, ne représentent pas la majorité des gens. Quand tu es en galère, tu sécurises la possibilité d’avoir des rapports sexuels régulièrement avec la même personne, pendant que les beaux gosses - et les belles gosses - se tapent le monde entier.

Mais ce n’est pas que pour le sexe, c’est aussi pour avoir de l’attention, de l’affection, etc.

Pour moi l’affection c’est un peu la cerise sur le gâteau.

Pour toi le gâteau, c’est le sexe alors ?

Non mais c’est un bon ingrédient, on ne va pas se mentir.

As-tu eu d’autres relations libres auparavant ?

Non, mais on peut dire que celle-ci en a entraîné d’autres. C’est-à-dire que quand je rencontre quelqu’un aujourd’hui, je ne mens pas. Donc si la personne a envie de me voir de manière régulière, on construit aussi une relation libre.

Alors tu as une sorte de constellation de relations, et celle avec ta copine n’est pas plus importante que les autres ?

J’ai des attentes de couple avec ma copine, on se projette ensemble, comme les gens le font... Je ne suis pas dans une relation libre, je suis vraiment dans un couple libre. Personnellement, je mets cette nuance.

Ce couple libre, finalement, c’est un peu une sécurité pour toi ?

Je pense que je n’ai pas besoin de cette sécurité aujourd’hui, mais je suis conditionné, comme tout le monde, à vouloir être en couple.

Depuis quand vous êtes ensemble, déjà ?

On se connaît depuis un peu plus d’un an, et on a décidé d’être un couple libre il y a 9 mois. En résumé, c’est un plan cul qui a dégénéré. Mais franchement, ce n’est pas de tout repos. Je pensais que j’allais être libéré de plein de trucs, mais en fait non.
J’ai une libido très intense et quand j’étais dans mon couple traditionnel, j’avais tellement envie de sexe tout le temps, que je me contenais, pour ne pas faire subir ça à ma copine. Et je n’aimais pas cette idée, parce que j’avais 25 ans, j’étais en pleine forme, et je m’imaginais à 50 berges, n’arrivant plus à avoir d’érection, à repenser à toutes ces années où il ne se passait rien…
J’avais l’idée qu’en étant en couple libre, le problème de cette pression sexuelle ne se poserait pas. En fait, il se pose quand même. Ce n’est pas parce que je couche ailleurs que je désire moins ma copine.

Tu la désires peut-être même plus ?

Peut-être bien. Parce que souvent, quand je couche avec d’autres femmes, je ne suis pas satisfait. Parfois, je le fais même “pour l’hygiène”, parce que je refuse de m’enfermer dans une relation monogame.

Que penses-tu du polyamour ? Tu as une relation romantique avec ta copine, mais ne pourrais-tu pas avoir d’autres relations romantiques en même temps ?

Je ne sais pas si je pourrais. J’ai deux relations en plus de mon couple, et je n’en attends pas du tout les mêmes choses, parce que les personnes ne sont pas du tout les mêmes et ne m’apportent pas du tout les mêmes trucs.
Pour moi la question ne se pose même pas. Je l’ai vraiment choisie elle, pour ce qu’elle est. C’est une personne très calme, très carrée… et à mes yeux ce sont des critères de "maquage", après avoir vécu dans le feu pendant dix ans.
Par contre, bien que ça ne lui enlève rien, j’ai plus de facilité à communiquer avec toi, et ça m’épanouit autrement.

Jusqu’où vous racontez-vous ce que vous faites avec d’autres ?

On se raconte tout dans le détail, dans la mesure où l’autre le demande.

Est-ce que tu évites de dire certains trucs ?

En effet, il y a des détails gênants parfois. Mais en théorie, je trouve qu’il faut être capable de dire la vérité.

Est-ce que vous avez mis une sorte de charte en place ?

Il n’y a pas de règles, mais on prend la température : “Qu’est-ce que ça te fait d’en parler ? Est-ce que ça te fait du mal ? Comment est-ce que tu gères ça ? Est-ce que tu as envie que ça change ?...”

Ça fait du mal parfois ?

Oui, et pourtant, elle n’a encore rien fait. Elle s’est inscrite sur des app de rencontre et évidemment comme elle est fraîche, il y a mille mecs qui lui parlent. Ça me met un petit coup au cœur mais j’ai envie d’avoir confiance en ce que je partage avec elle. Même s’il elle faisait une rencontre déterminante, et que ça la rendait encore plus heureuse, ce serait tant mieux pour elle.

Elle n’a encore rencontré personne, mais elle aime bien la liberté d’en avoir la possibilité ?

Oui, en plus elle s’interroge sur des questions féministes comme le droit de disposer librement de son corps.

Est-ce que ça t’arrive de regretter de t’être mis en couple libre ?

Non, mais ce n’est pas aussi facile que ce que je pensais. Ce n’est jamais la fête quand on a des sentiments pour les gens.

Mais quand même, ce n’est pas un peu plus simple pour toi, étant donné qu’elle ne couche avec personne ?

Justement, le jour où ça va arriver, ça va piquer… Moi c’est tout le temps donc on s’en fout, mais elle ! Enfin, c’est le jeu. Je suis prêt à l’encaisser.

Le pire, c’est le doute.

Oui, franchement j’aimerais bien que ça arrive, pour en être débarrassé.

Pour finir, j'ai envie de te demander : est-ce impossible de trouver tout ce qu’on cherche dans une seule personne ?

C’est possible, mais pendant combien de temps, ça c’est une autre question.


Alice Gautreau

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