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Les « tue-l’amour » & la galanterie

Que serait l’amour sans ce qui le chasse ? Toutes les personnes que j’ai connues, que je connais et fréquente ont leur petit tue-l’amour perso, le geste, l’action, le mot qui les rebute, et parfois même, pour les plus extrêmes, ce point de non-retour ultime. Même si le tue- l’amour est propre à chacun pour la simple et bonne raison qu’il relève du goût et de l’expérience personnels, force est de constater que, la plupart du temps, ils se rejoignent.

1. Sale histoire

Tyrannique, j’ai quant à moi dressé au cours de ma (jeune) vie une liste titanesque de tue- l’amour qui, pour ma part, sont si ancrés, qu’ils en deviennent de véritables points de non- retours. C’est mécanique. Je ne sais pas me défaire de mon dégoût. Et l’atténuer ne semble pas faire partie du projet, au contraire, il ne fait qu’augmenter au fil des années. Enfin, écrivons peu, écrivons bien. Mon premier tue-l’amour, aussi fort qu’il m’agrippe aux tripes aujourd’hui encore, s’est dessiné dans le 5 ème arrondissement à l’âge de 19 ans. C’est étrange la vie, n’est-ce pas. Ces moments, ces endroits, ces personnes qui peuvent nous ramener tout à la fois à des sensations aussi détestables qu’agréables. Le 5 ème arrondissement me ramène toujours à de grands bouleversements intérieurs. Tant dans les lignes littéraires volées à Flaubert où la jeunesse en feu, fière et belle, manifeste rue Soufflot, que dans mes propres pages amoureuses. C’est à rue Lhomond que j’ai su pour la première fois mon désamour prononcé pour certains parfums au point d’aller les vomir en secret dans les chiottes de mon père. Dans un âge où le corps exulte, je découvre donc mes désirs avec appétit et leurs improbables contraires. Alors éprise ou croyant bien l’être de tout ce qui grouille à la ronde, à 19 ans donc, je décide un soir d’été, seule dans l’appartement parentale, d’être prise d’une envie légère quoique violente, d’inviter mon professeur d’Histoire qui, je le précise, n’a, à ce moment-précis, que quelques années de plus que moi.  Suite à une parade animale faite de cheveux au vent, de bougies, de champagne et de sushis, je décide, du haut de ma frivole audace d’embrasser le bel historien. Et le tue-l’amour vient. Alors contre lui collante et prête à m’offrir telle une fleur à son abeille, le dégoût soudain me prend. Il s’avère que le malheureux portait, sans le savoir, un parfum qui fait aujourd’hui office de gastro instantanée pour mes entrailles : Terre d’Hermès Bien évidemment, je ne vous fais pas un dessin. Le pauvre garçon s’est retrouvé illico à la porte tandis que je laissais quant à moi, mon âme pour le restant de la nuit se vider au fond d’innocentes toilettes. Ainsi, depuis ce jour, j’ai su. Le parfum, à l’instar de l’odeur corporelle, est extrêmement important.

2. Les codes

Mais passons. Listons gaiement ces petits hauts le cœur dont il faudrait expressément supprimer de nos rendez-vous : Parler d’argent, non. Etre radin, non. Ne parler que de soi, non. Arriver chez l’être désiré où la crasse et le bordel priment sur le reste, c’est non. En somme, tout ce qu’il est possible d’éviter par respect pour l’autre, à l’inverse du parfum, de l’humour gras et de la bêtise – des éléments intrinsèques sur lesquels nous n’avons malheureusement aucun contrôle sinon celui de les fuir - c’est non. Par exemple, si j’arrive chez un homme qui me plaît et que l’état des lieux est mauvais, je vais automatiquement me dire qu’il n’aura pas eu envie de me séduire, puisque d’emblée, c’est la première initiative que e vais prendre dans le cas inverse. On peut même parler d’une forme de radinerie dans ce cas. De fait, si je pense à l’autre, j’exige qu’il fasse pareil.  Le jemenfoutiste n’excite plus. Les BB brunes qui puent la clope sont passés de mode. C’est le généreux mouillé de petits détails qui charme.  Non pas que l’être désiré doit être irréprochable, mais la galanterie s’est tellement crashée dans les bas-fonds de l’inélégance que son absence nous ferait presque réclamer l’ancien temps, quelques principes de prince. Et puis après tout, l’exactitude est la politesse des rois.

Je finirai sur ceci : en 2022, nous attendons des personnes polies emprunts d’un savoir-séduire très clairement influencées par la vague féminisme. Fun fact : on ne pourra pas dire que nous ne les avons pas guidées vers la route de l’épanouissement sensuel et amoureux. Celui ou celle qui débarque avec ses propres règles glacées d’égoïsme s’en fout. Et la galanterie ne s’en fout pas. La galanterie ne doit pas tomber dans la désuétude. Car la galanterie nous rend belle.

Par @ladelicatessedesmots 

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