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Faut-il s’aimer pour tomber amoureux ?

Ma dernière période de célibat avait commencé comme le meilleur road-trip. Une virée sauvage vers les terres de l’ouest, où l’on dévale la route à toute vitesse, le vent sifflant dans les oreilles et la musique à fond. Le voyage devait ne jamais s’arrêter : le goût de la liberté avait, partout, le parfum des amours de vacances.

Après quelques pannes de moteurs, en perdant de la vitesse, je dû me rendre à l’évidence : j’étais perdu en plein désert, complètement à sec. L’escapade avait été grisante, mais maintenant le célibat me pesait. Le soleil me tapait sur le crâne et je me sentais vraiment seul.

Je savais néanmoins que je devais quitter ce désert de la bonne façon : sans prendre n’importe quelle voiture qui passait par là, juste par confort, ni monter à bord de la mauvaise voiture, avec un compagnon tentant mais qui, je le savais, serait un mauvais choix qui mènerait simplement à un autre désert.

Non, il fallait planifier ma sortie intelligemment. Un conseil revenait souvent : celui de s’aimer soi-même avant d’envisager une relation amoureuse. L’idée étant que l’on ne peut donner à l’autre que ce que l’on possède nous-même, en l’occurrence de l’amour.

J’ai donc décidé de passer du bon temps avec moi-même. Je me suis emmené au restaurant, au parc d’attraction, au cinéma, ou même voir des expositions. Ce fut horrible. Quand je dînais, assis en face de moi, le fantôme narquois de mon amour enfui me contemplait de ses yeux pâles, la nourriture avait le goût de son absence. En contemplant une peinture au musée, le timbre de sa voix disparue hantait mes pas, je m’arrachais le cou à vouloir me retourner vers elle. J’étais seul avec Van Gogh, et je me serais bien, moi aussi, coupé l’oreille pour ne plus l’entendre. Quant au parc d’attraction il fut, à lui tout seul, un immense train fantôme.

Furieux de m’être laissé prendre à ce conseil de célibataires frustrés, je clôturais là l’expérience et décidait de passer plus de temps dehors avec mes amis, ma famille, et me concentrait corps et âme à ma passion du moment, le dessin.

Le temps reprenant ses droits, des fleurs avaient poussées dans le désert. Je m’aperçus, plusieurs mois plus tard, que je voulais retourner au musée, au cinéma, aux concerts. Cette fois, j’avais envie de cette expérience avec moi-même. Bien que quelques aventures sans lendemains et autres histoires avortées ne m’aient pas permis d’y emmener quelqu'un, j’étais lassé d’attendre cet autre hypothétique pour faire les choses qui me tenaient à cœur, et décidait plutôt de préparer le terrain en l’attendant.

Prendre soin de nous-même nous permet de préparer la vie que nous voulons vivre pour y inclure quelqu'un si et lorsque nous serons prêts à le faire, il ne s’agit plus d’attendre une rencontre pour décider du voyage, mais de partir vers une destination riche, exaltante et qui nous correspond ou l’autre n’aura plus qu’à monter à bord. De sujets passifs tendant à la dépendance affective, nous devenons le capitaine du navire qui pourra accueillir celui qui a la même destination.

Pour autant, cette réalisation ne peut venir que si nous le souhaitons et surtout, lorsque nous sommes prêts. En outre, c’est aussi souvent avec l’autre que nous découvrons certains de nos goûts, de nos aspirations, et mêmes parfois une facette de nous-mêmes. Tendre vers l’indépendance est une manière de se remettre en marche lorsque nous sommes restés immobiles plus longtemps que nous l’aurions voulu, mais jamais une manière de soigner nos blessures.

Et surtout, dessiner sa vie comme on l’entend ne nous empêche pas de chercher l’amour en même temps : l’un est souvent la cause de l’autre.

Par @Lunesnoires | Jean Dizain  

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