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Faut-il être honnête en amour ?

Si pour Céline, « le mensonge est un rêve pris sur le fait », la mue du songe en cauchemar est souvent l’horizon pour la victime du menteur. A contrario, une honnêteté sans faille serait-elle le garant d’un amour heureux ? Ce n’est pas si simple. 

Le flirt repose davantage sur le mystère que sur l’honnêteté

Entretenu par un silence ou un haut bien porté, le non assouvi est le bois d’où surgit l’étincelle avec laquelle on joue pendant le flirt. Trop en dire tout de suite, c’est risqué de perdre cette magie.

Le mensonge peut également être envoûtant : Nietzsche distingue le mensonge altruiste et le mensonge égoïste. Le premier est celui du conteur, qu’on choisit de croire tout en sachant qu’il ment, le second celui de l’escroc, qui ment pour tromper.

N’y-a-t-il pas un charme à se laisser envoûter par de belles paroles, à pénétrer dans un mirage de mots, de sensations, où l’on se sait charmé, sans vraiment vouloir le dissiper ? Nous n’avons jamais vraiment cessé d’aimer écouter des histoires avant de nous mettre au lit.

Quand séduction et honnêteté font mauvais ménage 

Doit-on se résoudre à un manque d’honnêteté partiel durant la phase de séduction ? Même la justice semble s’être résignée à la nature, imparfaite et charmante, des débuts amoureux. La Cour de cassation, dans un arrêt de 1986, rejette la demande d'une requérante affirmant que son conjoint avait, pour la convaincre au mariage, vanté des qualités qu'il ne possédait pas (générosité, patience...) au motif que "l'exagération (...) est consubstantielle au rapport entretenu par deux personnes dans la période précédent la conclusion du mariage où chacun cherche à se montrer sous son meilleur jour". Si elle n’est pas nécessairement souhaitable, on peut se demander si ces légers arrangements avec la vérité ne sont pas inévitables.

Ainsi, la réponse est nuancée : un certain manque d’honnêteté peut reposer sur le désir mutuel, plus que sur une réelle volonté de tromper.

En couple, les frontières se dessinent  

En couple, le mensonge altruiste peut être un moyen de faire vivre la passion qui nous anime : on voit mal, par exemple, quelqu'un reprocher à son conjoint de lui avoir préparé en secret un anniversaire surprise.

Les petits mensonges égoïstes, en revanche, sont plus problématiques. Une étude de 2017 menée par Harris Interactive révèle qu’environ 10% des propos échangés dans un couple dans une journée sont faits de "petits" mensonges ou d’arrangements avec la vérité. Fard innocent qui embellit la joue ou entaille insidieusement dans la chair d’un amour qui pourrait, à force de saigner, un jour en mourir ? À cette question on doit, à coup sûr, répondre au cas par cas.

Les mensonges lourds, en revanche, tels qu’une infidélité, sont bien souvent le révélateur d’un dysfonctionnement profond dans la relation. Manquer d’honnêteté dans ce cas, c’est prendre le risque d’ignorer ces signaux graves.

L’honnêteté permet l’intimité 

À deux, on se découvre, on s’explore. Avouer une peur, un secret intime ou une envie sexuelle, c’est aussi permettre à l’autre de construire avec nous la relation que l’on souhaite. Ne pas exprimer cela, c’est laisser quelqu'un d’autre (notre partenaire, une norme sociale…) bâtir la relation à notre place. L’honnêteté en couple construit l’intimité.

En définitive, le problème, n’est pas le délicieux mystère du flirt, c’est ce qu’on y découvre après. Et c’est ce que notre honnêteté permet de construire.

Par Jean Dizian | @Lunesnoires 
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