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Faut-il être ensemble pour s'aimer ?

Le problème quand on se met en couple, c’est que le mode d’emploi est rarement fourni avec le partenaire. Alors, on découvre par nous-même, et on regarde comment font les autres. Certains couples passent tout leur temps ensemble, des courses aux vacances, des cours aux séances de massage. D’autres au contraire, comme ceux qui sont séparés par la distance, s’accommodent d’une relation plus éloignée, de moments plus rares. Le confinement nous a plongé dans un abime de perplexité : quel est le degré de proximité optimal pour qu’un couple s’épanouisse ?  

La découverte d’un partenaire semble être le moment de la découverte d’un breuvage, d’un délicieuse liqueur qu’on boirait jusqu’à ne plus en pouvoir. Chaque gorgée appelle la suivante, et on fait bien attention à ce que le verre ne soit jamais vide. Si l’on se voit d’abord par petites touches, on peut finir par souhaiter passer tout notre temps ensemble. Et cela a du sens, parce qu’en début de relation, il nous semble que tout ce que l’on fait avec notre partenaire est mieux que sans lui.

Le problème, c’est que les espaces pendant lesquels on se manque se réduisent, et peuvent disparaître totalement. L’amour a besoin de gouffres et de ponts que l’on invente pour les franchir, pour remédier à l’absence. C’est le voyage vers le besoin de l’autre qui solidifie l’affection que l’on qui porte. C’est aussi le voir se battre pour ces ponts et abattre les obstacles qui s’y dressent qui nous donnent envie que son étreinte traverse le fossé.

C’est la raison pour laquelle il semble nécessaire de préserver des sanctuaires hors du couple, qui nous sont réservés. Sanctuaires sportifs, amicaux, de loisir, ou simplement d’une solitude choisie. Il ne s’agit pas dans ces moments d’évincer l’autre de sa vie, mais au contraire de recréer un gouffre pour mieux l’y accueillir, d’avoir senti le manque pour mieux retrouver sa chaleur. Il n’y aurait alors de véritable amour que de désirs contrariés.

L'intimité prolongée peut aussi être le moment de la désillusion, ou les artifices que l’on avait déployé pendant la phase de séduction s’effritent. Impossible qu’elle ne voie pas le moi grincheux qui n’a pas encore eu son café le matin, impossible que je ne vois pas la jalousie qui sommeillait dans la princesse. On cherche à dissimuler ces traits car on pense qu’ils ne nous rendent pas attirant. Souvent à tord, car ils nous permettent de connaitre l’autre au-delà de ce qu’on projetait sur lui, au-delà de la petite scène qu’il présente au public. Le temps passé ensemble nous précipite dans les coulisses, quand le rideau rouge a coulé sur la scène, dans une intimité qui n’était destinée à personne. On voit les loges mal rangées, le personnel fatigué, derrière le fard et les illusions du spectacle. Il n’y a plus que le vrai, et c’est cette personne que l’on veut aimer, non l’apparat qui nous a donné envie de venir au spectacle. Peut-être que l’amour véritable commence avec le désenchantement. La peur, les insécurités, les doutes, on peut les aimer peut-être parce qu’ils sont les nôtres aussi.

Une grande exposition l’un à l’autre, prolongée et irrémédiable, comme des vacances ou les confinements successifs, crée un lien d’une solidité à toute épreuve, ou au contraire disloque totalement celui-ci, comme toute chose dans la nature qui croît ou dépérit, sans juste milieu possible.

Cependant, passer tout notre temps avec notre partenaire ne nous garantit pas toujours de mieux le connaître. Ce sont les moments de qualité et les réactions auxquelles ils nous exposent qui révèlent le mieux la personnalité de notre partenaire. L’appartement loué en vacances ne correspond pas aux photos : va-t-on en rire ou s’en émouvoir au point de gâcher le séjour ? Le poste convoité depuis des mois au travail est finalement octroyé à la peste du 2eétage : est-ce qu’on s’acharne ou on cherche ailleurs ? Aucune de ces options n’est vraiment meilleure qu’une autre, l’important est que la réaction de notre partenaire corresponde à celle que l’on attend dans un couple, et que l’on se sente aligné par rapport à elle. La clé de l’intimité ne serait alors pas vraiment la durée des moments que l’on passe ensemble mais la diversité de ceux-ci.

Il faut enfin distinguer la proximité physique de la proximité émotionnelle. Certains couples qui vivent à distance ont développé une connexion et une intimité qu’ils n’ont jamais connue avec des partenaires qu’ils voyaient régulièrement. Les briques qui forment l’édifice de la relation ne manquent pas, le temps serait alors le ciment qui les lie jusqu’aux hauteurs de l’intimité, dans la solidité du couple.

Par @Lunesnoires | Jean Dizian

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