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Etude littéraires des punchlines de rappeurs

" On t'nique ta mère et ta grand mère si elle est encore en vie" - Booba (Double Poney)

D'aucuns diront que l'insolence de Booba n'a pas de limite ; à travers cette punchline, il s'efforce de nous en démontrer le contraire : La limite morale de son insolence est la nécrophilie. Si son appétit sexuel d'ours peut l'amener à copuler avec les membres les plus éculés de votre arbre généalogique, il s'assurera toujours que sa partenaire soit encore vivante.

C'est par le biais de cette litote (si elle est toujours en vie = si elle n'est pas déjà morte), que Booba nous explique qu'il ne sera jamais l'un profanateurs de tombes à la libido macabre.

B2O a beau être trop loin dans le turfu, la nécrophilie-zer le dépasse. C'est certainement la raison pour laquelle il se « contentera » de « niquer des grands-mères », les arrières-grand-mères encore vivantes n'étant pas (malheureusement) légion.

"(...) Parle english ? Yes, do you suce me ? " - Fianso (DZ Mafia)

Ne vous laissez pas berner par le ton provocateur de cette punchline : Fianso nous fait ici montre d'un élan de patriotisme incroyable.

Tous ceux qui le connaissent personnellement (donc, pas moi) vous diront qu'il a parfaitement la capacité de traduire " suce" et "parle" en anglais. Et c'est donc volontairement qu'il a conservé ces deux mots français.

Quel était sont but ?

On connait le déterminisme du rappeur, capable de bloquer l'autoroute pour boire un café. C'est donc sans aucune surprise que nous découvrons ici qu'il est également prêt à représenter la France même dans les amygdales de n'importe quelle anglo-saxonne.

Qui a déjà dragué de l'anglo-saxonne sait quel effet a, chez ces demoiselles, l'effet du verbiage français.

Deviner la suite de la conversation est facile ; je suis à peu près certain que la réponse de la demoiselle a été quelque chose du genre

_"Suce me ? I don't understand, but your french language is too cute !"

Ce à quoi Fianso a certainement répondu :

_"Ish-Ish !"

Fianso est un french-lover patriote, voilà tout.

Le sexe à toujours été, comme la cuisine, une spécialité française.

"Do you suce me», c'est certes un peu direct comme requête, mais ce n'est pas dénué d'une certaine élégance.

Et surtout, c'est demandé très poliment.

"(...) Tu ne sers à rien comme un brocolis" - Niska (La moula)

Comment ne pas rejoindre Niska ? À l'heure où l'hystérie vegan déferle dans nos cuisines, que leurs membres veulent ôter la côte de bœuf de nos assiettes, Niska prend une position hyper subversive : celle de combattre le veganisme. Car oui, le "brocolis" n'est qu'une métonymie du veganisme. Et à travers cette punchline, Niska revendique son goût pour la viande.

Qu'on se le dise, Niska ne mange ni tofu ni quinoa. Chez Niska, on consomme de la bavette et du tournedos.

Dire que le veganisme ne sert à rien, c'est aussi expliquer à ces excités qu'on ne sauvera pas la planète en ne mangeant que des graines, comme le maître d'armes du roi Arthur dans Kaamelott.

Un vrai charo ne broute pas. Un vrai charo fait des grillades dans le Bendo-na-bendo.

" À quoi sert de taffer les abdos, fils de pute, on a les trapèzes" - Gradur (Flex)

Ce qu'il faut savoir, c'est que Gradur est un ancien militaire et donc, forcement,  la muscu, il connait. Son premier hit s'appelle d'ailleurs "Traction".

A l'heure où la mode du fitness envahit nos réseaux sociaux, Gradur prend position.

Sa punchline est une pique à tous ces inscrits à la salle de la dernière heure, juste avant l'été. Vous connaissez forcement ces saisonniers de la muscu ayant pour seul but d'exhiber leurs tablettes de chocolat et leur ventre plat sur la plage.

Tous les initiés savent que vous aurez beau travailler vos abdos, ils ne seront visibles que si vous perdez la graisse du ventre... Alors que les trapèzes, eux, sont visibles tout de suite.

En somme il faut comprendre la punchline de Gradur ainsi :

"Sheguey, c'est bien beau de faire des séries de crunchs, mais tant que t'as du bide, on ne verra pas tes abdos. Tu ferais mieux de travailler tes épaules en léger, parce que, comme dirait Sinik, meskine, t'as l'air d'une canne à pêche".

Alors, si l'emploi du "fils de pute" est un peu grossier (surtout qu'il y a surtout aussi des filles dans le lot), on ne peut que comprendre l'agacement du rappeur, qui parle au nom de tous les vrais assidus de la salle. Voir débouler en mai tous les kékés qui cherchent à s'affranchir de leur bedon est insupportable.

Tony Bourguit

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