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Dans un regard

Cela fait déjà deux hivers que je ressemble à un ninja quand je sors de chez moi. N’attribuez pas cela à ma souplesse équivalente à celle d’un bout de bois, mais juste à ma tenue qui semble tout droit être sortie d’un manga. Je n’essaie pas de disparaître en me fondant dans la masse, mais il se trouve qu’en plus de porter un manteau long qui engloutit mon corps ; une écharpe qui pourrait contenir ma famille ; un bonnet couvrant ma chevelure pour n’en laisser échapper que quelques mèches ; un nouvel attribut se charge de cacher ce qu’il me reste de visage. Nous le connaissons tous : le masque.

Ne nous le cachons pas, ce n’est pas très saillant. Certains diront que cela donne un air guerrier en plus de cacher les boutons, personnellement, ce n’est pas ce que j’ai trouvé de plus efficace pour lutter contre mon sébum en ébullition.

Aussi, au temps des masques qui s’éternisent autant que le sucre glace dans mon placard de pâtissière au rabais, il ne reste qu’une seule chose capable de rentabiliser notre capital séduction : le regard.

C’est d’ailleurs par ce biais, par ce lancer de billes grises nacrées jeté à la dérobée que tu m’as saisie quand je suis entrée dans le métro. Aussi percutant qu’une partie de pétanque, mais aussi doux qu’un jeu à la cour de récré, je t’ai lancé en retour les miennes, vertes, offertes comme un bouquet. Nos regards s’inventent une danse suspendue sur laquelle nos rythmes s’accordent comme un slow dont on aurait oublié les pieds pour s’appuyer. Un instant hypnotique et suffisant pour faire vaciller mon corps. Au vu du poids de ma tenue de cosmonaute aux vaisseaux sanguins affolés, il n’y a pas que mon cœur qui aurait pu chavirer. Pour éviter une chute émotionnelle et une descente d’organes, je m’accroche à la première barre venue. Pas celle de mon voisin, mais bien celle qui ressemble à une barre de pole dance quand vous écoutez Britney Spears le matin. Je dois avouer que je choisis cet exemple pour vous, je suis plus Beatles, mais ça ne s’accorde pas vraiment à une chorégraphie endiablée. J’en oublie presque que je ne touche jamais à rien dans une rame de métro pour préserver mon espérance de vie et économiser du gel hydroalcoolique qui commence à peser aussi cher que du shampoing dans mon budget. À cette seconde, peu importe, je ne vois que toi même si je n’en vois pas grand-chose. Ces yeux suffisent à me dire que tout mon monde peut se contenir ici, en eux. Je sais qu’ils me disent également que je leur plais, qu’ils veulent me contempler et ma bouche, et mes cheveux, et mes jambes, et mes seins, au-delà de mes yeux.

Tu te lèves pour descendre et je sens ce regard que je croise qui me dénude encore m’invitant à le suivre au-dehors. Il me dit bas les masques, enlève tout, montre-moi tout ce que je ressens déjà en dessous.

par @plaquemoisurtonmur

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