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Comment le cœur est-il devenu un symbole de l’amour ?

« Je ne peux pas chanter. Dans le nef de mon cœur s’est enflammé le choeur » Vladimir Maïakovski, “Le nuage en pantalon”, I.

Le cœur en joie, le cœur à la peine, le cœur léger ou le cœur lourd, c’est en cœur que nous parlons toujours quand il s’agit d’amour, de désir, de deux êtres qui se plaisent. Le cœur a tous les visages, tous les climats, toutes les latitudes, il peut être chaud ou froid, peser lourd ou ne peser rien, être entier ou brisé. Le cœur est ce qu’on peut donner et ce qu’on peut reprendre. Le cœur est grandiose et immortel, il meurt, cassé en deux, puis se relève, renaît de ses cendres pour flamboyer à nouveau. Le cœur est souvent vainqueur, il peut finalement se reprendre et revivre.

Le cœur est devenu, dans le langage oral et visuel, le symbole universel de l’amour. Mais d’où vient qu’on parle ainsi en cœur ? Il est vrai que le cœur s’emballe pour battre à la chamade quand on tombe amoureux, il est vrai que, suivant les mouvements sentimentaux, le cœur accélère sa course ou la ralentit, mais cela est vrai aussi du ventre, agité de papillons volants ou de nœuds indémélables. Alors, pourquoi cette préférence du cœur ? Pourquoi cette passion pour le cœur ?

L’origine du coeur 

Organe central et vital du corps humain, le cœur est une pompe qui assure la circulation du sang dans le corps. Étymologiquement, le mot « cœur » provient du latin cor, cordis, qui signifie à la fois « cœur » mais aussi « siège des sentiments nobles ». On retrouve cette idée de centre directeur de l’âme dans d’autres cultures, comme dans l’antiquité égyptienne. Les coutumes religieuses plaçaient le cœur au centre de nombreux rituels, comme la pesée de l’organe sur la balance du jugement divin. Cette dimension religieuse a longuement été la dimension principale de cet organe. C’est pourquoi lorsque Pascal écrivait « le cœur a ses raisons que la raison ignore », il ne faisait pas acte de romantisme… Le cœur était alors un symbole chrétien, c’était le cœur, et non la raison, qui était considéré comme le siège de la foi. La dimension païenne du cœur comme siège des passions est une occurrence plus tardive. En 1649, dans son traité Les passions de l’âme, Descartes évoque le désir « qui agite le cœur plus violemment qu’aucune des autres passions » ou encore l’accélération du pouls amoureux.

L’iconographie du cœur 

Mais si le cœur s’est imposé de façon aussi universelle comme symbole de l’amour, c’est qu’il est passé d’organe à une image que nous connaissons tous : ♥ et dont la symbolique est entrée dans l’imaginaire collectif. Mais d’où vient cette forme ?

En réalité, cette forme ne représente pas notre organe mais semble provenir des… feuilles de lierre ! Dans l’Antiquité, les feuilles de lierre représentaient une union forte et durable, à l’image de la résistance de la plante. Le cœur trouve ensuite son essor romantique au Moyen-Âge, où il est représenté dans l’univers des romans chevaleresques et de l’amour courtois. Au XVIe siècle, il est largement popularisé et nettement affilié à la notion d’amour, notamment grâce au Petit livre d’amour de Pierre Sala où il apparaît au centre des représentations. Il a enfin été réutilisé à vocation commerciale, comme en 1977, avec l’opération de publicité de la ville de New-YorkMilton Glaser a conçu le désormais culte rébus « I ♥ NY »,  lui garantissant ainsi une importante postérité.

Le cœur est-il le siège de l’amour ?

Alors bien qu’il soit au cœur de toutes nos métaphores amoureuses, le cœur est-il organe de l’amour ?

En réalité, le cœur, bien qu’il réagisse à nos émois, n’est pas le siège principal du sentiment amoureux. Ce dernier se loge plutôt dans le cerveau qui libère différentes hormones comme la dopamine. Et si l’on dit que l’amour rend aveugle, c’est que les zones du cerveau liées aux émotions négatives ou au jugement semblent se désactiver sous l’effet du sentiment amoureux !

Résumant ces vues, le physiologiste Claude Bernard écrivait : “Les sentiments que nous éprouvons sont toujours accompagnés par des actions réflexes du cœur ; c’est du cœur que viennent les conditions de manifestations, quoique le cerveau en soit le siège exclusif.” *

C’est donc le cœur qui a finalement gagné symboliquement la partie contre tous les autres organes qui s’agitent d’amour à l’intérieur de nous ! C’est qu’il nous est si agréable d’être de jolis cœurs…

* "Étude sur la physiologie du cœur", Revue des Deux Mondes, 1865.

J.B. et Z.G.

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