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Ce que j'ai retenu de mes réunions aux Alcooliques Anonymes

« Bonjour, je m’appelle Mathieu, j'ai 32 ans et je bois presque tous les soirs... ». Dans mon milieu (la pub), la drogue et l’alcool sont légion. Sauf qu’à force de ne refuser aucun apéro pour ne pas passer pour un tocard, je me suis vite rendu compte que je ne m’amusais plus sans boire. C’est là que j'ai décidé de me rendre aux AA.

Comment ça a commencé ? Je ne dis jamais non à un petit verre entre amis ou collègues qui se transforme toujours en soirée arrosée. J’ai commencé à me dire que tout ceci n’était pas très normal plusieurs années après un grand nombre de black-out inquiétants. Je me retrouvais à passer la nuit chez des filles sans savoir comment j’étais arrivé chez elles, je perdais mon téléphone ou mes clés dans la rue, dans les taxis et parfois j'oubliais même où j’habitais. Puis un jour un ami m’a raconté que j’étais monté sur la table d’un bar avant de montrer mon postérieur à tout le monde un soir de biture. Le problème ? Je ne me souvenais absolument de rien. Mais mes bras étaient recouverts de bleus.

Sans en parler à mes amis (qui continuaient à prendre l’apéro – prolongé – tous les soirs et à trouver ça normal), j’ai décidé de me rendre aux Alcooliques Anonymes. L’idée était juste d’aller voir par curiosité. Je voulais savoir où j’en étais réellement avec la boisson, me comparer aux autres et aussi (surtout) me rassurer.

Créé en 1935 par des Américains et importée en France depuis 1960, cette association (surnommée AA par les intimes) veut aider les alcooliques en les regroupant et en leur faisant profiter des témoignages d'anciens buveurs repentis.

Autant le dire tout de suite, je venais là avec beaucoup d’aprioris. Pour moi, les réunions des AA devaient rassembler des vieux poivrots du PMU’s et des mecs qui commençaient leur journée chez eux au pinard, à 8h du matin en regardant leur télévision.

J’ai découvert, dans une salle aux airs de MJC, tout autre chose. D’abord beaucoup de femmes, dont certaines très bien apprêtées, et une très bourgeoise, s’y trouvaient. Des jeunes aussi, en grande partie étaient dans l’assemblée. La première réunion a duré un peu plus d’une heure, qui m’a parue interminable. Je n’ai pas parlé mais j’ai beaucoup écouté.

Une femme racontait avoir commencé à boire après avoir perdu son emploi, une autre avalait une bouteille de Whisky de temps en temps pour ne plus penser à son mari qui était parti avec sa meilleure amie, tandis qu’un homme d’affaires expliquait qu’il buvait lors de rendez-vous professionnels car il s’y sentait obligeait. Personne ne semblait juger l’autre. Il y avait même un type en train de picoler une bière dans un coin sans que personne ne lui dise rien.

Je suis reparti avec de la documentation et des numéros à appeler si ça n’allait pas, mais aussi avec la sensation d’être moins seul. J’y suis retourné une semaine plus tard, encore une fois par curiosité. Les profils étaient un peu différents, mais tous les gens présents ne semblaient pas ravagés par l’alcool. Certains semblaient même moins accros que moi. Plus en confiance, j’ai osé parler cette fois, mais sobrement : « Bonjour, je m’appelle Mathieu, j’ai 32 ans, et je bois presque tous les soirs. J’aimerais pouvoir m’en passer…Mais voilà, je n’y arrive pas. » J’ai senti sur moi des regards compatissants et la sensation de faire partie d’un club. Un type de mon âge a avoué se sentir moins drôle et séduisant sans quelques verres de rouge dans le nez. Je me suis même identifié.

La fois d’après, j’ai dit encore ce que j’avais sur le cœur, tenté de démêler les raisons de mon addiction. Mais surtout j’ai rencontré une fille, assez jolie et un peu gothique, que j’ai commencé à fréquenter. Elle buvait énormément et ses cuites la ruinaient (économiquement et physiquement). Elle était assez dépressive et noyait littéralement son chagrin dans l’alcool. J’avais l’impression que ma mission était de l’aider à ma manière, en la faisant rire ou en la sortant au ciné ou au restau. Mais très vite je me suis rendu compte que son problème avec l’alcool était beaucoup plus violent que le mien.

A la quatrième réunion (en un mois), j’ai vu les choses autrement. L’arrière-goût chrétien et moral qui ne me sautait pas aux yeux jusque-là m’a soudainement gêné. Après avoir écouté les membres du groupe, on a fait une sorte de « prière » de la sérénité, qui ressemblait à un acte de foi et on s’est tenu les mains. La personne qui gérait le bon déroulement du rassemblement (le modérateur) a parlé de chemin vers l’abstinence en faisant des allusions à une force supérieure. La démarche semblait assez spirituelle mais surtout perchée (à mes yeux de cartésien). J’ai même eu quelques secondes la sensation de me trouver paumé dans une « secte ». C’était sûrement dans mon esprit que cela se jouait mais je savais qu’il fallait que je m’en sorte tout seul et que les AA n’étaient sans doute au final pas pour moi. Je n’y suis plus retourné mais j’ai ralenti ma consommation. Une à deux fois par semaine, je fais une detox. Peut-être parce que je n’ai pas très envie de retourner là-bas de sitôt…

Êtes-vous alcoolique ? Faites le test ici.

Photo tirée de la série Inside Amy Schumer

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