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Amour et création : Sonia et Robert Delauney

« Nous nous sommes aimés dans l'art comme d'autres couples se sont unis dans la foi, dans le crime, dans l'alcool, dans l'ambition politique. La passion de peindre a été notre lien principal. »

Mémoires, Sonia Delaunay

Si l’on peut avoir tendance à associer mentalement la passion amoureuse ou artistique à la destruction, Sonia et Robert Delaunay constituent un contre-exemple probant. Ce couple d’artistes connus et reconnus, dont le travail a marqué l’histoire de l’art, s’est construit autour d’une complicité humaine et créative exceptionnelle. Au-delà même de la complicité, on peut parler d’une communion créative, le couple produisant des œuvres parfois si similaires qu’un œil innocent aurait du mal à les distinguer, mais aussi en faisant de leur nom une marque et de leur cohabitation une résidence de production.

Deux artistes de génie

Sonia et Robert se rencontrent à la fin des années 1900. Ils fréquentent tout deux des cercles d’artistes renommés. Sonia suit des cours de peinture, Robert l‘apprend aux côtés de son oncle, ils partagent dès lors un point commun : l’envie de remettre les codes de la peinture de l’époque en question, d’aller vers le fauvisme, puis de le dépasser.

Très rapidement après leur rencontre, Sonia quitte le mariage blanc dans lequel elle était engagée pour se marier avec Robert avec qui elle attend un enfant.

Dès lors, se profilent trente années de collaboration, de passion et d’échanges.

Les deux artistes travaillent sans relâche, Apollinaire, qui était l’un de leurs amis proches, écrivait à leur propos :  « En se réveillant, les Delaunay parlent peinture ».

Ils entremêlent vie quotidienne et création, en introduisant l’art dans chaque aspects de leur vie. À la naissance de leur fils, Charles, Robert peint une de ses fameuses tour Eiffel pour l’offrir à Sonia. Quant à elle, elle réalise sa première œuvre abstraite en 1911, en confectionnant une couverture pour son fils, à base de tissus chamarrés cousus ensemble, reflétant à la fois son héritage culturel ukrainien mais aussi un jeu de couleur pertinent qui fera le succès de sa peinture.

L’abstraction c’est nous deux 

Le point fort des Delaunay, c’est l’union et la direction commune qu’ils ont eu à cœur de donner à leur travail. Apollinaire qualifia leur travail « d’Orphisme », si le terme reste obscur dans la mesure où l’on ne sait précisément ce que celui-ci désigne, il est évident que les Delauney ont, à eux-deux, créé un courant d’un genre nouveau. Leur style pourrait être décrit comme « post-fauvisme », cubisme atypique, non scientifique et porte comme caractéristique de faire passer la couleur avant la ligne, en rupture avec les peintres de la génération précédente.

Leur art a été caractérisé par une prééminence des cercles de couleurs, traduisant des vibrations de lumières, de mouvements mais aussi de musique. Ils donnent naissance ensemble au simultanéisme, une technique picturale recherchant l’harmonie dans l’agencement des couleurs et plaçant la lumière comme principe créateur premier.

Leur travail s’est accordé dans cette direction, ils semblaient se compléter. Sonia s’est portée plus largement sur la diffusion de ce style, l'introduisant dans des créations non seulement visuelles mais aussi textiles ou scéniques, globalement dans tous les domaines de la vie moderne, tandis que Robert s’est penché sur l’aspect théorique.

“Notre peinture servira aux générations à venir”

- Sonia Delauney, Interview

Au-delà de la similitude et de la direction commune dans leurs travaux respectifs, ils ont également travaillé ensemble à de grands projets comme le palais de l’air de l’exposition universelle de 1937. Ils avaient pour ambition de rendre leur production révolutionnaire, d’en faire un manifeste de l’abstraction. Ils travaillaient de concert dans cet objectif.

En réalité, la postérité de leurs créations ne s’est pas présentée comme gagnée d'avance. À la mort de Robert, en 1941, le simultanéisme reste encore un courant de « niche ». Sonia, laissée seule après le décès précoce de son mari, met son travail de création de côté pour s’atteler à promouvoir les œuvres et les idées de Robert. Elle réussit, et fait de Robert Delaunay l’un des théoriciens les plus influents dans la naissance de l’art abstrait. De son côté, la critique eut tendance à la maintenir injustement dans l’ombre de son mari. Elle fut, cependant, la première femme à connaître une retrospective de son travail au Musée du Louvre de son vivant.

Z. G. 

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